De Brest à Vladivostok,en passant p ar les capitales d'Europe du Nord, et une escapade en Mongolie, billets d'humeur d'une voyageuse. Europe centrale
chante Moustaki
Pour admirer avec les couleurs de l'aurore la forteresse de Golubac, il aurait fallu se lever très tôt, et surtout être averti de l'heure de passage de ce qui fut un point de contrôle, il faudrait dire = un point de taxation, au XIV° siècle. Une lourde et immense chaîne barrait le Danube, il fallait s'acquitter de sa redevance. Le site était grandiose à l'origine puisque le mur crénelé visible en bas de la photo n'est autre que "le chemin de garde" menant à la tour, immergée depuis l'aménagement du cours du fleuve. Le niveau du Danube a remonté, et un grand lac s'est formé depuis la construction de deux grands barrages en aval.
Rendons à César ce qui lui appartient : cette photo est prise
sur le net et appartiennent à ce site : https://wandering-around.com/forteresse-golubac-gardienne-danube/ là
La forteresse de Golubac est située à l'entrée des "Portes de Fer", c'est à dire a un des resserrements des rives du Danube. Un défilé de 135 kilomètre s'annonce, et c'est à partir de cette forteresse que la navigation sur le fleuve était considérée comme la plus dangereuse. Fort heureusement pour nous, retenues et barrages sont venus calmer l'impétuosité du cours d'eau. Bien évidemment les légendes ne manquent pas pour se site mythique. Ma référence "Danube culture" en conte une, assez longue ici
Le soleil s'est levé et les croisiéristes sont maintenant tous à leurs postes d'observation favoris. Notre "voix" commente le spectacle : nous entrons dans le défilé de Gospodin Vir de 15 km de long et 220 m de large au minimum. Cette section se nomme « Cazanele Mari » (les grands chaudrons) dominée par des falaises culminant à 500 m. Ici le Danube par endroits ne dépasse pas 150 m de large et sa profondeur est de 53 m. La canalisation du fleuve a commencé dès 1834.
L'érosion a creusé de nombreuses grottes, elles ne sont accessibles qu'en barque. Cette grotte, à flanc de falaise, dite "Grotte des partisans", a été utilisée pendant le communisme par les candidats épris de liberté, choisissant de traverser le fleuve frontière.
Sur la rive serbe des Portes de Fer, les archéologues ont mis à jour un des plus anciens villages sédentaires d'Europe datant de la fin du paléolithique à Lepenski Vir.
Ces lieux restent jusqu’à maintenant sauvages. Au fil des temps, le paysage grandiose du cours du Danube s'est dessiné en creusant son lit entre les massifs montagneux.
Au détour d'une courbe du fleuve, un monastère apparait, isolé, perdu entre falaises, forêts et eaux : Mraconia, ou "monastère du Lieu caché" : il porte bien son nom.
Il apparait, avec ses murs blancs, coiffé de ses clochers noirs se découpant sur un ciel azur, comme né d'hier. Il n'est, à la vérité, qu'une reconstruction récente.
" Suite aux travaux de construction du barrage, les bâtiments sont définitivement détruits en 1967 par le régime communiste et les ruines de ce lieu de culte disparaissent sous la surface des eaux du nouveau lac de retenue du premier barrage des Portes-de-Fer. On peut apercevoir leur sommet affleurer à la surface du fleuve pendant certaines périodes de basses eaux."
Ci-dessus, un extrait du toujours documenté site "Danube culture. L'article détaillé est à lire ici et il contient des photos intéressantes.
Attention, attention, notre commentatrice se fait pressante, tous les croisiéristes sur le pont: il va y avoir du spectacle, le bateau ralenti l'allure, on attend, les yeux écarquillés, les appareils photos prêts pour les "clic-clac, c'est dans la boite".
Le résultat ne se fait pas attendre : me voici plongée directement dans l'univers de Tolkien et du "Seigneurs des Anneaux" avec ses statues monumentales gardiennes du royaume des Elfes. La machine à rêves tourne plus vite que les roues à aubes du bateau et tant pis si la réalité est moins poétique. Sur l'écran de la falaise, se dévoile, lentement, la tête d'un barbichu. C'est une oeuvre monumentale, de 40 mètres de haut, taillée à même la roche à la manière des oeuvres du mont Rushmore aux États-Unis. Il aura fallu 10 années et 12 sculpteurs pour façonner ce portrait. Il représente le dernier roi de la Dacie, Decebal, un héros roumain. Les Daces occupaient le territoire actuel de la Roumanie. Le roi Decebal a unifié les tribus vivant dans ces régions pour en faire une seule nation. En l'an 85, il accède au pouvoir et avec son armée, il attaque la province romaine de Mésie située au sud-est des Balkans. Il s'affrontera avec les empereurs romains Domitien et Trajan pour préserver l'indépendance de son état. S'ensuivront diverses batailles, pas toutes gagnées, et le roi vaincu se donnera la mort en 107. Il est considéré actuellement comme notre Vercingétorix, courageux, fier et volontaire. La colonne Trajane, à Rome décrit certains épisodes de ces conflits.
Comme à chaque point remarquable, notre bateau passe, vire de bord, s'approche, repasse. Voilà qui laisse le temps de profiter au maximum du spectacle.
Sous la statue, une inscription en latin "Decebal Rex - Dragan Fecit" = Le roi Decebal - fait par Dragan. Constant Dragan, homme d'affaire, historien mais aussi protochroniste est l'initiateur et le mécène de cette oeuvre pesant plus d'un million de dollars. Cette gigantesque allégorie a suscité de vives critiques. (Je vous laisse chercher la signification de "protochronisme" ou je vous aide ?
L'érosion naturelle œuvrant dans cette région au climat humide cause quelques désordres, par exemple, le nez de Décébal (long de sept mètres) s'est fissuré et menace de s'effondrer. Il a fallu le remodeler et le consolider par une armature de fer (en train de rouiller) et de ciment (en voie d'émiettement) ce qui en rend la chute inévitable à terme. Ce qui mettra fin aux critiques de tous bords suscitées par cette sculpture...
À hauteur de la traversée danubienne des Portes-de-Fer, sur la rive droite du fleuve, en territoire serbe et en amont de la petite ville de Kladovo, un témoignage de l'histoire mérite attention. Il s'agit de "la Tabula Traiana" (Table de Trajan), vestige romain remontant à l’époque des deux campagnes victorieuses (101-103 et 105-106 après J.-C.) de l’empereur Trajan (53-117) contre le roi dace Decebale vers 60-106 et les tributs insoumises menaçant l’empire romain au nord-est du Danube. ( L'histoire écrite par les vainqueurs est significativement différente de celle des vaincus : l'histoire du roi de Dacie et l'histoire de conquérant romain).
La tablette a du être surélevée compte tenu de la montée des eaux causée par les barrages.
Traduction de l'inscription : L’empereur César, fils du divin Nerva,
Nerva Trajan Auguste, vainqueur des Germains,
Suprême pontif quatre fois investi de la puissance des tribuns,
Père de la patrie, trois fois consul
A entaillé la montagne et posé des poutres
Pour la réfection de cette voie.
Sur la rive roumaine , une grotte semi-immergées est accessible en barque .
Pour ma part, j'apprécie assez la réplique du peuple autochtone (Decebal), à l'arrogance de l'envahisseur (Table de Trajan)....mais ce n'est que l'avis d'une incorrigible amoureuse des elfes et en faisant abstraction du protochronisme.
Toute notre journée se passera en navigation, ce sera la seule sur la durée du voyage. Le passage des portes de Fer pouvait prendre 3 jours aux bateliers avant les travaux de régulation du cours du Danube...
Chaque longue sortie sur le pont du bateau est toujours agrémentée de quelques douceurs. Cette fois ce sera "Spécialités culinaires des Balkans sur le pont soleil de notre bateau" et l'opération titillage des papilles continuera au buffet des desserts du déjeuner.
La suite de la journée sera studieuse avec deux thèmes : prendre de belles photos avec son smartphone (je n'ai pas participé) et une autre conférence "La Yougoslavie, une mosaïque brisée" Une heure de conférence passionnante.
Nous aurons aussi le passage de deux barrages. Le premier nous fera descendre de 34 mètres en deux sas. Pour le second, nous descendrons de 10 mètres en une fois.
Le barrage des Portes de Fer est l'un des projets réalisés durant la période communiste en Roumanie. Cette construction romano-yougoslave est la plus grande hydrocentrale située sur le fleuve Danube.
Construit au tournant des années 1970 ce barrage a eu une grande influence sur les paysages situés en amont du fleuve. Suite à sa construction, ce sont une dizaine de villages qui se sont retrouvés sous les eaux et des milliers de personnes ont du être déplacées. Situé à proximité de la ville de Drobeta Turnu Severin, c'est aussi un point de passage routier entre la Roumanie et la Serbie. Petit barrage mais avec un sas de 10 mètres tout de même! Et, pendant que nous attendons notre tour pour entrer dans le sas :
Hommage à Tito à hauteur du barrage des Portes de Fer à
Drobeta Turnu Severin, la nostalgie est sensible!
Au soir couchant, superbe vue lorsque nous passons sous le Pont Vidin-Calafat en Bulgarie. Il s’agit d’un ouvrage d’une longueur totale de 3,5 Km traversant le fleuve Danube au nord-ouest de la Bulgarie reliant la ville bulgare de Vidin et la ville roumaine de Calafat. Il porte deux doubles voies routières et une voie de chemin de fer. Les travées d’accès ont une portée de 40m. La portée de l’ouvrage sur la passe non navigable du Danube est de 80m. L’ouvrage sur la passe navigable sera composé de trois travées extra-dossées-haubanées d’une portée de 180m. C'est ce que disent les spécialistes du site "Structurae" À lire aussi un article du journal "Libération" : Un pont d'or pour la Roumanie et la Bulgarie
Toute à ma contemplation....Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.....V.Hugo
Donc, demain, de bonheur, nous serons à quai dans le joyeux port d'Orjahovo. C'est probablement une petite ville intéressante, mais nous préférerons Sofia.
Quelques pas de danse avec les musiciens du bateau et nous attendrons demain dans les bras de Morphée.