De Brest à Vladivostok,en passant p ar les capitales d'Europe du Nord, et une escapade en Mongolie, billets d'humeur d'une voyageuse. Europe centrale
Pour les piétons, les trains et les véhicules motorisés la circulation se fait sur deux niveaux sur le "Pont de l'Amitié". Il a 60 ans et il est devenu insuffisant pour absorber le trafic entre la Roumanie et la Bulgarie surtout depuis l'adhésion des deux pays à l'union Européenne. Les premiers magistrats des deux villes concernées demandent expressément l'élargissement des voies de communication. À ce jour, le deuxième pont entre les deux pays a été construit à 400 km c'est le Pont Calafat-Vidin, cité dans l'article "Les portes de fer", c'est aussi la dernière photo de l'article cité.
La première page de ce voyage faisait référence aux voyageurs et écrivains ayant mis leur plume pour célébrer ce fleuve magnifique.
Parmi eux, Paul Morand, a beaucoup écrit sur le sujet :
"Je n’oublierai jamais ma première rencontre avec elle. J’arrivais de Constantinople par la voie du ciel après avoir été fort secoué par des poches d’air au-dessus des montagnes de Bulgarie ; le soleil déclinait ; je cherchais l’eau, les yeux fatigués de l’aridité balkanique ; soudain, j’aperçus au loin un si intense foyer de lumière, un embrasement si total de l’horizon que j’en fus aveuglé : le Danube, pareil à l’arbre de vie motif central des tapis roumains, coulait sous nos roues immobiles avec une telle amplitude, gonflant les hernies énormes de ses lacs, submergeant les prairies, changeant de lit, ménageant au centre de ses lagunes dormantes des îles à saules pour les inonder aussitôt et en rebâtir d’autres avec les pierres roulées, se frayant, comme Hercule, un passage à coup de chênes arrachés qu’il maniait par les racines, cachant dans ses roseaux à panaches des flamants et des cygnes sauvages, exondant ses bancs noyés bordés de jonc, que nous mîmes plus d’un quart d’heure pour retrouver la terre ferme et ces collines, bastion naturel de la capitale, où tant de fois se joua sa destinée et qu’on nomme, à l’indienne, le lieu de la guerre."
L'article complet est à lire ici
L'écrivain diplomate français a séjourné à divers titres en Roumanie. En premier lieu en tant qu'ambassadeur de France à la Commission Européenne du Danube. Il aura aussi la charge d'un ministère à Bucarest.
Le Palais du gouvernement, d'architecture néoclassique stalinien a beaucoup coûté aux Bucarestois du temps du dictateur Nicolae Ceaușescu. Les Roumains ont surnommé l'édifice :"tortul", c'est à dire "pièce montée", et ce gros gâteau leur est resté sur l'estomac. 270 mètres de long sur 240 m de large, c'est un des plus grand palais du monde. 1100 pièces, pour ce château mais très peu sont visitables, tout au plus une vingtaine. Pas d'incursion à l'intérieur pour nous mais une avalanche de chiffres. Outre ceux déjà donnés, la construction de ce gros gâteau a nécessité 5500 tonnes de ciment et 7700 tonnes d'acier. Je ne me souviens plus du poids des marbres employés, ils habillaient les interminables corridors. 9000 habitations seront détruites 20 000 ouvriers s'échineront jour et nuit. L'armée sera réquisitionnée pour participer à l'effort, les conditions de travail seront aussi impitoyables qu'au goulag. Le travail de nuit devra être éclairé mais ça entraînera des restrictions pour les gens : la température des logements ne devra pas excéder 16°, et il faudra s'éclairer à la bougie. 50 000 personnes seront déplacées à la périphérie des villes dans le type de barres de logements comme ceux de la photo en haut à droite. Cette expulsion a été vécue comme une injustice, des personnes âgées ont préférés le suicide plutôt que quitter leur quartier. Les coûts sont aussi démesurés et ils laisseront exsangue les populations et les pousserons à la révolte. La suite est connue!
La chambre des députés siège depuis 1997 et le sénat depuis 200o dans ce Palais aux dimensions démentielles, il n'occupent que 30% de la surface, le reste est toujours inoccupé.
Plusieurs beaux immeubles et églises ont résisté à la mégalomanie du couple Ceausescu, heureusement
L'Église Kretzulescu est située sur la place de la révolution, avec, à ses côtés, le buste de Corneliu Coposu. Cet homme politique était le fondateur du parti des paysans chrétiens démocrates et il était sénateur. Il a été emprisonné sous le régime communiste. C'était un politicien actif avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, y compris en s'engageant dans l'opposition clandestine au dictateur de droite Ion Antonescu.
En 1947, à l'époque où les communistes ont détrôné le roi Michael et ont de plus en plus évincé les dirigeants d'avant-guerre, Coposu et d'autres ont été arrêtés par les communistes. Cela a conduit à son emprisonnement sans procès pendant neuf ans. Au milieu des années 1950, il a été condamné à la détention à perpétuité. Libéré après 17 ans de captivité au total, sa seule option en tant qu'ancien prisonnier était de devenir un ouvrier non qualifié.
Après la révolution de 1989, il redeviendra actif dans la vie politique.
Le palais de Cantatuzino. C'est un musée dédié au compositeur George Enescu (1881-1955), se visite en musique. L'édifice vaut aussi le détour pour son architecture, mélange de styles néoclassique, néobaroque et Art nouveau, et notamment pour son entrée surplombée d'une marquise de verre...un peu tronquée! Un méchant camion s'est interposé sans permission!
Mémorial de la Renaissance devant le Ministère de l'Intérieur.
Les Bucarestois cherchent encore la signification de cette oeuvre. À défaut d'en trouver le sens, ils se sont amusés à lui donner des qualificatifs : Piquet à pomme de terre, circoncision ratée, olive sur cure-dent, le tuyau et le testicule, la pomme de terre de la révolution... La paternité de l'oeuvre revient au doyen de la faculté de Design de l'Université des Arts de Bucarest - Alexandre Ghildus. Ce serait un obélisque, renvoyant à un gnomon (cadran solaire) en relation avec le soleil, mesure le passage du temps.La couronne serait une représentation d'une sphère armillaire (ancienne façon de mesurer le mouvement des astres)
Cette vaste place rassemble l'ancien Palais Royal devenu depuis 1948 le Palais de la République. Se trouve aussi sur cette place l'ancien Comité Central du Parti communiste roumain. Le sénat y a pris ses quartiers. Cette place était l'épicentre de la révolution de l'hiver 1989. Ce mémorial rend hommage aux Roumains qui y ont fait le sacrifice de leur vie.
Statue Équestre de CarolI sur Calea Victoriei devant le Palais Royal de Bucarest
Place avec au fond le cercle militaire national et devant la fontaine de Sarindar
Palais de la caisse des dépôts ou, si vous préférez : le Temple du Pognon.
Une dernière image de Bucarest à toute vitesse (notre avion ne nous attendra pas)
Monument aux aviateur, héros des airs sur Aviateur Boulvard à Bucarest
Sur le socle, il est fait référence àIcare, ce héros de la mythologie, paré de ses grandes ailes ouvertes. les 179 noms des batailles aériennes entre 1912 et 1934 sont gravées sur ce monument de 20 mètres de haut.
Les voyages sont autant de portes ouvertes sur le passé que sur l'avenir des peuples. Une rétrospective écrite par un personnage atypique : Elisée Reclus, toujours sur le site Danube Culture sera le point final de ce voyage . Un extrait pour définir le personnage :
Géographe, savant, poète, anarchiste, internationaliste, libertaire, esprit d’une grande rigueur et farouchement indépendant, Élisée Reclus (1830-1905) est volontairement resté en marge de l’institutionnalisation de sa discipline. Virtuose de l’écriture, il aime partager un savoir émancipateur auprès d’un public profane.
Élysée Reclus fera la connaissance à l’âge de cinquante-six ans d’Alexandra David-Néel, âgée alors de dix-huit ans. Une grande amitié les liera jusqu’à la mort du géographe en 1905.
« Par l’écriture, Élisée Reclus ambitionne d’être géographe en dehors des institutions étatiques, de s’adresser à tous grâce à une langue commune capable de défendre une vision libertaire du monde, de rendre visible à l’imagination la surface du globe et d’en suggérer la beauté par celle du style ». (C. Brun)