De Brest à Vladivostok,en passant p ar les capitales d'Europe du Nord, et une escapade en Mongolie, billets d'humeur d'une voyageuse. Europe centrale
Ci-dessous, extrait du Site danube-culture.org
« Toute la matinée, bien avant que d’atteindre Pressburg, nous voyons à l’horizon monter une épaisse et lourde fumée, c’était un incendie ; la moitié de Theben a brûlé ce jour-là ; c’est vers le coucher du soleil que nous atteignîmes ce lieu, l’un des plus pittoresque de tout le trajet. Au sommet de la montagne, se trouve une ruine, certainement la plus belle de toutes celles du Danube. Rouge, le soleil couchant brillait sur les routes humides des moulins, qui, en raison de leur mouvement, semblaient faites d’or repoussé. Tout ici n’était que verdure et parfums ! Quelle beauté, quelle grandeur dans toute la nature ! La Theben hongroise est un petit îlot tombé du ciel, or voici que toute cette beauté n’était plus que détresse et lamentations, la moitié de la ville était plongée dans l’horreur et les cendres. »
H. C. Andersen, « Sur le Danube », in Le bazar d’un poète, Domaine romantique, José Corti, Paris, 2013, p. 356
Pour nous, pas d'incendie à l'approche de la forteresse de Devin. Nous sommes à la confluence du majestueux Danube et de la rivière Morava qui baignent les pieds des ruines. Juchées sur leur falaise, elles restent accessibles mais il faut faire un peu d'exercice pour les visiter.
La vue à 360° vaut bien la petite grimpette de 212 mètres ! Cette photo est prise depuis le point le plus haut de la forteresse, on distingue un bastion avec ses meurtrières.
La Morava (ou March) doit son nom à son lieu de naissance : la Moravie du Nord, ici proche de la confluence avec le Danube. À la rencontre avec le fleuve roi, ses eaux claires résisteront peu aux eaux jaunes du Danube. Hé non! Il n'est pas bleu comme l'affirment les amateurs de valses viennoises.
Un peu essoufflée, mais tout à fait satisfaite d'être en haut de la muraille, à l'autre extrémité des ruines du château avec l'esplanade centrale et, au sol, la trace d'une ancienne chapelle, c'est inspirant.
Le vent mène sa sarabande entre les pierres disjointes. À mes pieds, des forêts, des fleuves, des prairies à perte de vue, il faudrait les nommer selon leur nationalité. Ici se rencontrent trois pays : l'Autriche, la Slovaquie et la Hongrie. Le vent apporte le tumulte des guerres, les pleurs des enfants, la désolation des conflits sans fin. Pour lire les frontières du lieu, je vous propose ce site
Depuis belle lurette, les traineurs de sabres ou de haches guerrières ont usé leurs sandales ici. Un petit musée situé en sous-sol, rassemble divers objets retrouvés lors de fouilles sur le site.
Les celtes (encore eux!) se sont installés sur le site et les romains y ont bâti un oppidum incorporé aux "Limes" (frontières de l'empire.) Cette belle forteresse ne fût jamais prise, malgré les coups de boutoir des Ottomans. En 1809, l'artillerie des troupes napoléoniennes réussira à détruire les murailles (merci Wiki)
Sur le chemin du retour, je croise le regard sans espoir d'une femme du peuple de ces contrées, le regard de celles qui souffrent et qui n'en peuvent mais.
Nous voici en bas de la falaise, au pied du château. Une belle promenade longe le Danube, c'est un agréable espace pour rêvasser. Peu de passage, peu de tourisme, nous aurons la chance d'admirer un aigle et son vol royal.
Les 212 mètres de la falaise se dessinent sous les nuées d'un ciel biblique. La porte blanche n'est pas celle du paradis, loin de là.
Le Rideau de Fer passait ici. le site est paisible, et pourtant, il n'est pas si loin le temps où on risquait sa vie ici. Sur ce qui reste de la porte, les marques des projectiles sont toujours visibles.
Ci contre, les traces du mur ont été conservées en mémoire des victimes du Rideau de Fer.
Il y a quelques 70 ans, à l'issue de la dernière guerre mondiale, Wiston Churchill exposait pour la première fois, la théorie de la guerre froide. Lors de son célèbre discours à Fulton en mars 1946, il reprend l'expression de Vassili Rozanov en 1918, (L'Apocalypse de notre temps) Hérodote.net, ma référence historique développe le sujet ici
Le mémorial semble toujours fleuri par des anonymes, il l'était le jour de notre passage. J'ai oublié la signification du gros rivet.
La Slovaquie est autonome depuis 1993.
La journée à Bratislava a été riche de découvertes, c'est maintenant le retour vers notre bateau de croisière "Rivages du Monde" La journée et la nuit nous réservent d'autres "surprises".
Nous avons une très grande écluse à passer et une conférence "Danube un fleuve Européen"à écouter. Ça tombe bien, pour comprendre les conflits nés de l'utilisation du fleuve.
À nouveau les conflits d'intérêts des pays riverains du Danube vont jouer leur partition à l' Écluse de Gabcikovo. C'est une partie d'un gigantesque projet de barrage hydroélectique datant de l'ére communiste. Une bataille, sur fond d'écologie, s'est engagée entre les états concernés à savoir, l'ancienne Tchécoslovaquie et la Hongrie. De ce souci d'écologie, naitra Duna Kör en 1984. Les désaccords n'ont pas empêché la réalisation d'environ 90% des travaux, d'où cette écluse à double sas, construite par la Tchécoslovaquie avec des "aménagements" appelés "variante C". En l'absence de solution acceptable par les protagonistes, la commission européenne a été saisie...et n'a pas complètement tranché. Sur la photo, les photos, les deux écluses sont visibles, par contre impossible de montrer les deux sas, il faudrait un drone.
Pour comprendre les enjeux un peu de lecture
À pas de loup vient la nuit. À pas de loup le sommeil s'enfuit. À pas de loup chacun quitte son lit (enfin, juste son petit coin cosy des salons du bateau). Au coeur de la nuit d'encre, une lumière vacille et grandit :
Sur le pont, la nuit est fraîche, notre hôtel flottant avance doucement. C'est un plaisir de se laisser bercer par la "voix" de l'animatrice. Elle nous conte l'histoire de cette Cathédrale, l'instant est magique!
Ce que j'ai retenu :
La majestueuse basilique a vu la naissance et le couronnement du premier roi chrétien de Hongrie : Szent István. Il est l'instigateur de la construction de la première cathédrale.
Le dôme, monumental, et ses colonnes corinthiennes culminent à presque 100 mètres et illuminent la nuit. C'est une grande, parmi les plus grandes de Hongrie avec ses 118 mètres pour 49 mètres de large. Deux autres dômes de plus petites dimensions font contrepoints.
Si il vous reste encore un peu de curiosité sur ce sujet, d'autres infos plus complètes ici
De ce passé glorieux que reste-t'il? La ville est entrée dans l'anonymat de l'histoire à la suite de la première guerre mondiale. Au conflit mondial suivant, les choses ne se sont pas améliorées, Esztergom a payé au prix fort les redistributions, pour ne pas dire le dépeçage qui a suivi. Esztergom fut déclarée ville sinistrée. Grâce au tourisme, la cité reprend des couleurs, et c'est heureux parce qu'elle a des trésors à partager.
La tête, le coeur et les yeux remplis, c'est le moment de rejoindre Morphée, demain Budapest !