De Brest à Vladivostok,en passant p ar les capitales d'Europe du Nord, et une escapade en Mongolie, billets d'humeur d'une voyageuse. Europe centrale
Et ce sera ce soir notre dernière nuit à bord. La croisière offre des avantages comparée à un circuit : le principal, pas de valise à gérer tous les jours.
Les croisières permettent à chacun le soin d'organiser son temps. Il est possible de profiter de sa journée en se promenant librement à l'endroit du quai d'amarrage où en se reposant. Suivant le lieu, des visites gratuites de la ville sont proposées. Il est possible également d'organiser sa journée en solo suivant ses centres d'intérêts, la réception du bateau fera appel à un taxi pour vous rapprocher de votre lieu de visite. Et enfin, vous pouvez choisir vos excursions groupées, nous avons, pour notre part, rempli nos journées de cette façon. Le croisiériste "Rivages du monde" avait fait globalement une bonne sélection et nous en avons tiré parti. Bien évidemment c'est un avis personnel , mais il a l'avantage de ne pas être sponsorisé.
L'Amadeus Brilliant a jeté l'ancre à Roussé, une grande vieille dame qui ne manque pas de charmes. Le site déjà cité "Danube culture" titre : Ruse (un de ses nombreux nom), ville cosmopolite danubienne au bout de deux mondes : entre Mitteleuropa et Balkans.
« L’Europe, c’était le reste du monde. Quand quelqu’un remontait le Danube vers Vienne, on disait : il va en Europe ; l’Europe commençait là ou finissait l’empire ottoman ».
Elias Canetti (1905-1994), « La Langue sauvée : Histoire d’une jeunesse (1905-1921) », Albin Michel, Paris, 2005, premier tome de sa biographie.
La ville en 1824 sous domination ottomane. L'article complet du site ici

Même si nous n'avons fait que traverser la ville, une chose est sûre, elle a beaucoup, vraiment beaucoup changé, et la belle orientale a changé de robe et jeté son voile!
Sur notre route un pont spectaculaire : Les photos prises depuis un bus sont sans intérêt, celle ci-dessous provient du net : Les remparts de Véliko sont visibles à l'horizon. (avec des yeux de 20 ans) Photo provenant du site : la-bulgarie.fr
La fabuleuse histoire du pont:
Se rendre, de Roussé à Véliko Tarnovo et ensuite Sofia nécessitait le franchissement de la rivière Yantra pour faciliter les échanges commerciaux. En 1865, la région est sous domination ottomane, et le gouverneur s'appelle Mihdat Pacha.
Son ministère des transport fait l'étude pour un éventuel pont. Le prévisionnel du budget et des délais ne satisfont pas le Pacha : trop couteux = 3 millions de lyres ottomanes, trop long à construire. Un chuchoteur (comme dans la série "Le trône de fer") lui fait savoir qu' un maître bâtisseur Kolyu, appelé Fitchéto par ses potes, pourrait faire mieux. Sitôt dit, sitôt fait, le maître bâtisseur, convoqué par le Pacha, demande juste deux petites semaines pour étudier la faisabilité et bâtir le projet de pont. Il construira une maquette avec des cierges reliés et collés les uns aux autres. Le pont avait les caractéristiques d'un pont romain, sauf qu'il n'était pas voûté. Pendant plusieurs jours on vit Fichéto sonder la rivière en plusieurs endroits avec un grand bâton et placer plusieurs repères. Ensuite il revint vers le Pacha avec la facture prévisionnelle : 700 000 lires, pas plus, pas moins.
Un tel écart semble suspect, le doute plane...Fichéto insiste et offre même sa tête à Mihdat Pacha si d'aventure, il n'honorait pas sa promesse.
Et bien, il a réussi! Le pont était composé de 14 voûtes pour une longueur de 276 m avec 9 m de large. Construit avec de la pierre taillée tirée des carrières aux alentours, les arches sont décorées de sculptures d'animaux. Sa construction a pris deux ans, dans les délais annoncés.
Notre maître bâtisseur autodidacte reçu de "La Sublime Porte" l'ordre du mérite "Medjidié", des sous bien évidemment et des terrains dans la ville de Véliko Tarnovo.
La suite de l'histoire : en 1897 une grande crue détruira 8 arches. Une reconstruction interviendra en 1922-23. Aujourd'hui ce magique ouvrage d'art sombre dans l'abandon, on peut tout au plus s'approcher pour prendre quelques photos. Dommage!
Il suffit de passer le pont et c'est tout de suite l'aventure, et l'aventure commence par :
La forteresse Tsarevets (la cité des tsars) située à Véliko Tarnovo.
Une forteresse se doit d'être située en hauteur, Tsarevets (ou Carevec) ne déroge pas à l'habitude. Donc, on devrait s'offrir une belle grimpette avant d'atteindre l'église du patriarche qui nous nargue tout la-haut. Le chemin pour y parvenir serpente sur un isthme rocheux plutôt étroit. Et au fond, coule une rivière...Yantra...(pas du 6ième jour, donc pas de pêche à la mouche), elle arrose la ville de Véliko Tarnovo.
Trois portes d'accès pour cette citadelle, celle de la photo de droite était la "Porte Principale", avec, visible une autre porte fortifiée un peu plus loin. C'est un des trois accès de la citadelle de Véliko Tarnovo. Un autre accès : "la petite porte", dite aussi "la porte d'Assen" ci-dessous à gauche.
Le lion avec les armoiries de la forteresse garde fièrement la "Porte Principale" et la herse dissuasive (photo ci-dessus) qui vous accueille.
Tsarevets et Véliko Tarnovo
Mieux que je ne saurais le faire, une description de la forteresse en suivant ce lien
Rien ne se perd, le réemploi des lieux et des pierres se perpétue. Nous sommes sur l'extrémité nord de Tsarevets, sur une pointe rocheuse surplombant la rivière Yantra. C'est le triste "rocher mortel" (Lobnata skala) parce qu'on y jetait les traitres dans la rivière du XIe au XIVe siècle. Un siècle plus tard, sur ce lieu de supplice, un couvent sera construit. Remarquez la grosse meule, insérée dans le mur ruiné...rien ne se perd, tout se transforme...
À peine visible sur la photo : la tour de Baudoin . Sa mission : protéger la porte Frenkhisarska et surtout la principale réseve d'eau potable. Une légende romanesque est attachée à cette tour où fut emprisonné l'Empereur Baudouin de Flandes. Ce bel empereur se serait échappé avec la complicité d'une femme noble de la cour pour filer avec elle le parfait amour....Bon, ce n'est qu'une légende, la triste réalité nous apprend qu'il ne sortira pas vivant de sa prison.
Pour découvrir davantage la cité je vous propose beaucoup d'images rassemblées sous ce titre Tsarevets
Et voilà! Vous avez atteint l'église du patriarche. Si vous êtes un peu fatigué , ce n'est pas grave, dès l'entrée dans la chapelle, vous pourrez vous assoir...et rester bouche-bée.
L'église est reconstruite depuis peu, les fresques sont contemporaines et peuvent surprendre. La thématique sombre peut ne pas plaire, c'est une oeuvre d'art, à chacun d'adhérer ou pas.
Nous avons entendu un concert dans ce lieu magique. Vous pouvez l'écouter ci-contre. Et c'est presque un miracle! J'ai enfin réussi à changer l'encodage des "mémos vocaux" enregistrés sur mon téléphone.
Toutes ces fresques sont l'oeuvre du peintre Téofan Sokévo. Le thème essaie de représenter l'histoire politique et culturelle du "Second royaume bulgare". Sur le pourtour de l'espace, des sièges, presque des cathèdres inconfortables, sont à la disposition des visiteurs. Être assis, permet de laisser la place à la contemplation sans être géné par les déplacements des uns et des autres.
L'aventure continue avec d'autres découvertes : le village d'Arbanassi ...à suivre...